La naissance des religions 4/4: les dieux meurent aussi, la fin des idoles
Eémission de radio sur France Culture 2019.
Avec Lucie Malbos, maître de conférences en histoire médiévale à l’université de Poitiers.
Durant ce podcast, on trouve l’impressionnante lecture de l’Ode du roi viking Ragnar Lothbrok. Devenu célébré et admiré depuis la série Vikings, Ragnar est devenu universel. Il a inspiré de nombreuses odes. Ces odes reprennent les épopées traditionnelles de l’histoire Viking.
Lecture Ode du roi Regner Lodbrog tirée de Edda. 3eme édition par P.H. Mallet, chez Barde et Compagnie 1787.
« Texte original de Snorri Sturluson, traduit et commenté par Mallet.
« Nous nous sommes battus à coups d’épées mais je suis plein de joie.
En pensant qu’un festin se prépare pour moi dans le palais d’Odin.
Bientôt, bientôt assis dans la brillante demeure d’Odin.
Nous boirons de la bière dans les cranes de nos ennemis.
Un homme brave ne redoute point la mort.
Je ne prononcerai point de paroles d’effroi en entrant dans la salle d’Odin.
Nous nous sommes battus à coups d’épées.
Oh si mes fils savaient les tourments que j’endure.
S’ils savaient que des vipères empoisonnées me déchirent le sein.
Qu’ils souhaiteraient avec ardeur de livrer de cruels combats.
Car la mère que je leur ai donné leur a laissé un coeur vaillant.
Nous nous sommes battus à coups d’épées.
Mais à présent, je touche à mon dernier moment.
Un serpent me ronge déjà le coeur.
Bientôt le fer que porte mes fils sera noirci dans le sang d’Ella.
Leur colère s’enflammera.
Et cette jeunesse vaillante ne pourra plus souffrir le repos.
Nous nous sommes battus à coups d’épées.
Dans cinquante et un combats où les drapeaux flottaient.
J’aidais ma jeunesse, appris à rougir de sang le fer d’une lance.
Et je n’eusse jamais cru trouver un roi plus vaillant que moi.
Mais il est temps de finir.
Odin m’envoie ses déesses pour me conduire dans son palais.
Je vais assis, aux premières places boire de la bière avec les dieux.
Les heures de ma vie se sont écoulées.
Je mourrai en riant ».
L’Ode de Ragnar Lodbrok (ou Regner Lodbrog) est un poème scandinave viking. Paul-Henri Mallet l’a traduit en 1787. Cette traduction est dans son ouvrage « Monumens de la mythologie et de la poésie des Celtes, et particulièrement des anciens Scandinaves ».
Cette ode est également connue sous le nom de « Krákumál » ou « Le Chant de la Mort de Ragnar ». Ragnar Lodbrok l’a composée alors qu’il était prisonnier dans la fosse aux serpents.
Les Points principaux sur cette traduction de Mallet :
Elle fait partie des premières traductions françaises d’œuvres scandinaves anciennes. La version de Mallet a contribué à populariser la littérature nordique en France et en Europe.
Le texte décrit les exploits guerriers de Ragnar et sa mort héroïque. La traduction reflète le tout début du romantisme.
Cette œuvre a eu une influence importante sur la perception de la culture nordique en Europe. Elle a participé au développement de l’intérêt pour la mythologie scandinave au XVIIIe siècle.
Le contexte historique de la traduction et son impact littéraire.
La traduction de Mallet (1787) est remarquable pour plusieurs aspects :
Tout d’abord par ses qualités poétiques et son usage de très belles images.
« l’acier retentissant résonnait sur les cuirasses« .
Son rythme est ample et majestueux : « les vagues étaient rouges d’écume et de sang« .
Son vocabulaire est riche et recherché, harmonieux. Il emploie des métaphores développées. Il utilise des inversions élégantes. Il alterne des passages descriptifs et des évocations guerrières. Ce qui maintient une tension dramatique.
Sa version comporte des particularités. Il adaptation des noms propres nordiques pour le lecteur français.
Il ajoute des explications subtiles dans le texte si le lecteur ne connait pas la saga. Il renforce l’aspect épique et garde l’atmosphère héroïque.
« Je sens de la joie à penser qu’un festin se prépare pour moi dans le palais d’Odin. Bientôt, bientôt assis dans la brillante demeure de ce Dieu, nous boirons de la bière dans les crânes de nos ennemis.«
Comparaison avec des versions plus modernes:
Voici une comparaison concrète sur un même passage :
Version Mallet (1787) :
« J’étais encore jeune, lorsque vers l’Orient, dans le détroit d’Eirar, nous fîmes jaillir des torrents de sang, nous procurâmes un festin aux loups, et pendant que les flots de la mer rougissaient au loin, les oiseaux dévorants se réjouirent d’une abondante pâture. »
Version moderne (Régis Boyer, XXe siècle) :
« Jeune, nous frappâmes à l’est,
Dans les détroits d’Eyra,
Pour les loups une proie,
Pour les aigles leur repas ;
La mer brune rougit,
Les corbeaux marchaient dans le sang. »
Conclusion,
A chacun, sa préférée. J’ai une préférence pour la version 1787. Elle ressemble aux livres de Tolkien comme les Enfants de Hurin et le Silmarillon.
La traduction de 1787 reflète l’esprit du XVIIIe siècle français et l’influence du style romantique. Il a une compréhension profonde des héros nordique. Il a un véritable talent poétique du traducteur.
La version de Mallet a contribué à créer une image particulière de la poésie nordique en France. Elle a influencé nos sensations de cette littérature et ensuite des adaptations films et séries.