La santeria au Mexique: rockabilly et psychobilly rock'n'roll

La santería à Mexico : Pratiques et croyances.

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La santería à Mexico : ébauche ethnographique Nahayeilli B. Juárez Huet.

https://journals.openedition.org/civilisations/667?lang=en#

Des croyants et des pratiquants.

1-Samedi midi. Des centaines de personnes se rendent au marché de Sonora à Mexico. Pour les santeros, c’est le lieu par excellence. Ils s’y approvisionnent en animaux, textes et objets en tous genres pour la réalisation des rituels. Je me trouve dans une des botánicas1 de ce marché. Un homme vêtu de blanc entre discrètement. Il porte ses colliers2 autour du cou. Il salue une statue de taille humaine de saint Lazare. Les pratiquants et les croyants de la santería3 le connaissent comme Babalú Ayé. Au bout de quelques minutes, il s’approche pour saluer la propriétaire de la botánica. Elle est occupée à vendre une statuette de sainte Barbe à une cliente. J’assiste à la conversation qui se noue entre eux trois :

– « Sainte Barbe bénie »! s’exclame l’homme derrière le comptoir. « C’est la justicière, la maîtresse de la foudre, elle a une épée parce qu’elle n’aime pas l’injustice. Il faut l’invoquer et lui dire des prières pour qu’elle nous protège de toute injustice ».

– « Monsieur sait ce qu’il dit! C’est un babalawo, le plus grand prêtre de la santería », explique la propriétaire à la cliente.

– « Et la santería? C’est pour nous aider? » demande la cliente.

– « C’est cela, c’est pour ça », répond le prêtre. « Une des divinités qui aident, c’est précisément sainte Barbe, qui pour nous est Changó. Seulement, en ce qui concerne la santería, tout est cher à cause des produits utilisés. Je me fais payer deux cents pesos seulement pour une consultation […] ».

– « Quel genre de consultation? » demande la cliente.

– « C’est pour déterminer quel problème a une personne et pour chercher comment le résoudre. J’utilise l’ekuele4, c’est une chaîne, je consulte avec elle. Orula, saint François d’Assise, me parle à travers elle, il me dit tout, parce que je lui suis consacré! Le matériel, vous l’achetez vous-même. Quant à moi, vous me payez mes droits lorsque le problème est résolu […] ».

– « Voyons, quelle chance! Moi qui suis venue chercher sainte Barbe, je crois que je vous ferai signe très prochainement ».

2-La santería est une religion influente. Ce petit extrait de mes notes d’enquêtes à Mexico en témoigne. Son influence ne se réduit plus aujourd’hui à la seule Cuba. Elle s’étend à plusieurs pays du continent américain. Sa commercialisation est néanmoins très critiquée par ses pratiquants. Ils insistent principalement sur le fait que « la santería est une religion secrète, que seuls les initiés peuvent connaître. Ce n’est pas bien de faire de la publicité. Alors, les gens ne vivent pas pour le saint mais du saint. Cela donne évidemment lieu à beaucoup de charlataneries et d’impostures »5.

3-La réputation douteuse des santeros et des babalawos du marché de Sonora est un sujet de discussion. Beaucoup les traitent de « tricheurs et de charlatans ». Je souhaite plutôt ici essayer de décrire et de comprendre le phénomène. En effet, même si on compte des pratiquants et des croyants de la santería au Mexique depuis déjà plusieurs décennies. Le marché des consommateurs6 de la santería a connu un très fort développement dans ces dix dernières années.

4-On trouve les premières traces de la santería en terre mexicaine aux alentours des années 1950. Cela coïncide avec l’arrivée de divers artistes d’origine cubaine. Quelques-uns de ces artistes, danseurs de rumba, font une incursion dans le monde du cinéma. Les chants à Changó et Babalú Ayé retentissent pour la première fois en plein âge d’or du cinéma mexicain (1946-1950). Presque personne ne sait qu’il s’agit là des orishas7 vénérés dans la santería. A la même époque, quelques artistes mexicains se rendent à Cuba. Là-bas, ils s’initient à de nouvelles pratiques. Par exemple, Germán Valdéz, connu sous le nom de TinTan, le fait.

5-Ainsi, Noelio Camejo est un Cubain originaire du village de Pedro Betancourt (province de Matanzas). Il réside à Mexico depuis 1997. Il est initié dans la santería depuis quarante-neuf ans. Il m’a déclaré qu’au début de 1957, il a initié plusieurs Mexicains à Cuba. Selon lui, certains d’entre eux n’allaient pas dans l’île délibérément. Mais, au cours de leur voyage, ils apprenaient l’existence de la santería et y avaient recours « par curiosité ». D’autres, au contraire, surtout des personnes malades, ont fait appel à cette religion par recommandation ou pour résoudre leurs problèmes. Noelio précise que parmi ceux qu’il parrainait8, tous « n’étaient pas complètement initiés dans la santería. Ils n’avaient reçu que des resguardos9 (colliers et guerriers) ou sollicitaient des travaux spirituels. C’est seulement après qu’ils ont reçu leur saint » (qu’ils se sont initiés). Ce sont ces derniers qui « faisaient de la propagande et amenaient ou recommandaient à leur tour d’autres personnes »10. Noelio, comme beaucoup d’autres, pense que pendant les années 1960, il n’y a eu aucun changement significatif. Le nombre de Mexicains allant s’initier à Cuba est resté stable. Ils étaient très peu nombreux.

6-Au moins dans le cas de Mexico, une première génération de santeros apparaît au cours des années 1970. Ils n’avaient pas été initiés à l’étranger. Les santeros mexicains ont été initiés depuis plus de vingt-cinq ans. Ils ne seraient qu’une dizaine au plus. Ces santeros auraient été initiés par des Cubains qui habitaient Miami avant de se rendre au Mexique. Certains d’entre eux sont retournés aux Etats-Unis, à la suite de problèmes judiciaires ou personnels. D’autres sont restés au Mexique. Au milieu des années 1970, de plus en plus de Mexicains se sont initiés dans la santería. Orestes Verrios est un des musiciens cubains les plus reconnus dans ce milieu religieux. Il dit qu’en 1976, il a été invité à Mexico. Cela a été possible grâce à un accord entre un homme d’affaires mexicain et le gouvernement de Cuba. Il devait participer à un toque de tambor11 offert à Yemayá par un santero cubain, Bebo Rodríguez, initié à Miami. Selon lui, plusieurs des Mexicains présents à cette cérémonie avaient été initiés au Mexique.

7-En revanche, Rafael Fernández est un Mexicain initié à Miami il y a vingt-trois ans. Il déclare que la plupart des vingt santeros mexicains qu’il connaît furent initiés à Cuba et à Miami. Ces santeros ont été initiés comme lui à cette même époque. Un seul a été initié au Mexique par son parrain d’origine cubaine. Il soutient qu’à cette époque, les personnes et les connaissances nécessaires étaient absentes. Il était impossible d’initier dans la santería au Mexique. Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde sur un point. Les personnes qui ont le plus d’ancienneté dans la religion, quarante-cinq ans et plus, sont tous des Cubains. Ceci inclut les prêtres de la Règle d’Ifá (les babalawos). Ceux-ci, à la différence des prêtres de la Règle d’Ocha, sont presque tous initiés depuis moins de dix ans. Ils l’ont été, semble-t-il, à Cuba.

8-À la fin des années 1980, un scandale éclate et rend la santería célèbre à l’échelle nationale. Elle est accusée d’être une « secte satanique » ou « narcosatanique ». En avril 1989, treize cadavres sont découverts à Matamoros (Tamaulipas). Ils se trouvent dans le ranch Santa Elena, qui est situé près de la frontière avec les États-Unis. Les victimes auraient été enlevées par une « secte satanique liée à des narcotrafiquants »12. Cette secte est dirigée par Adolfo de Jesús Constanzo, un Cubain-Américain de vingt-six ans. Il est connu sous le nom de « Parrain ». La presse mexicaine évoque des cérémonies « sataniques de style vaudou ». Elle mentionne également des « narco-fanatiques », des « sectes sataniques », et des « narcosataniques ». Jusqu’à la presse internationale qui les qualifie de « filleuls de Satan, sataniques, sorciers de Santa Elena, narcosataniques »13.

9A mesure que l’enquête progresse, on apprend par les journaux que la mère de Constanzo est adepte de la santería. Cette croyance est décrite comme « une pratique païenne-religieuse ». Certains membres de la bande auraient « rejoint la secte des narcosataniques pour obtenir santé, richesse et pouvoir »14. Certains d’entre eux expliquent que la plupart de ces morts résultent de règlements de comptes. Ces incidents sont liés au trafic de drogue15. Le 6 mai 1989, recherché par la justice, Constanzo donne l’ordre à un de ses compagnons de le tuer. Il préfère cela plutôt que de tomber entre les mains des autorités. Tous ses compagnons sont arrêtés. Sara Aldrete est connue comme « la sorcière du culte » ou « la prêtresse ». Elle déclare être « adepte de la religion appelée santería chrétienne ». Elle affirme n’avoir chez elle que des images de saints offertes par Constanzo16. Un autre membre du groupe explique qu’il est adepte de la religion de Constanzo. Cette religion pratique seulement la magie blanche. On y sacrifie des animaux, comme des coqs ou des chevreaux, mais pas des êtres humains17. La nouvelle prend une tournure encore plus spectaculaire. Les détenus font des déclarations concernant des personnes connues dans le milieu artistique ou appartenant à la police judiciaire. À un moment ou à un autre, ces personnes ont sollicité les services de Constanzo.

10-Ce traitement médiatique a alimenté une image très négative de la santería, qui perdure encore de nos jours. Plusieurs informateurs m’ont déclaré qu’on leur pose souvent une question. Ils se demandent si leur religion a des liens avec le diable ou avec des pratiques sataniques. De même, plusieurs santeros et babalawos ont été victimes de violences physiques. Les autorités gouvernementales les ont soumis à des interrogatoires. Elles ont cherché à obtenir des informations sur leurs liens éventuels avec les trafiquants de drogues. Cependant, la plupart de mes informateurs sont d’accord. Ils pensent que les scandales de ce type ont contribué, « en bien ou en mal ». Ces scandales ont mené à une plus grande diffusion de la santería au Mexique. Quelques années après ces événements sort un film. Ce film est inspiré de l’histoire de Constanzo, Perdita Durango. Un livre est également publié par son auteur, Sara Aldrete. Ce livre est intitulé Ils m’appellent la Narcosatanique.

11-C’est à partir des années 1990 que la santería commence à se diffuser de façon importante à Mexico. Le fait peut s’expliquer en partie comme le résultat de stratégies accommodatrices (Frigerio, 2000). Ce sont des stratégies qui construisent des discours pour légitimer et faire respecter la santería. Dans cette société, elle n’est plus vue comme une « secte satanique » ou « narcosatanique ». Cependant, elle n’est toujours pas acceptée sans réserve. Il est important de savoir que la santería s’est étendue à Mexico sans l’influence d’une grande communauté cubaine. À Miami, c’est le cas, par exemple. Elle s’apparente plutôt à la diffusion des religions afro-brésiliennes à Buenos Aires et Montevideo (idem).

12-Cette précision est importante. Le flux migratoire et touristique joue un rôle important dans le processus de transnationalisation de la santería. Cela se passe sans aucun doute au Mexique18. Cependant, l’une de ses principales formes de divulgation reste le bouche à oreille entre Mexicains. Contrairement à ce qu’affirment la plupart des pratiquants, il existe certaines formes de prosélytisme plus ou moins explicites ou subtiles. Ces formes visent à attirer les adeptes. Elles ciblent au moins les clients, nationaux et étrangers.

13-On peut observer ces stratégies dans la manière qu’ont les santeros et les babalawos. Ils s’ouvrent et investissent des espaces divers. Ainsi, ils divulguent leur propre vision de la santería de façon plus massive. Cela se fait au sein d’un marché religieux. Beaucoup considèrent cette pratique comme une simple expression du contexte de développement des sectes et des croyances magiques. Certains prêtres utilisent radio, presse, télévision et Internet. Ils se servent de ces moyens de communication modernes pour exposer leurs systèmes de croyances. Ils montrent aussi les services qu’ils offrent.

14-Quelques santeros et babalawos ont été invités dans des émissions télévisées. Ils expliquent en quoi consistent leurs pratiques. Ces émissions incluent des programmes de débats ou de diffusion latino-américaine comme El show de Cristina. D’autres leur demandent de donner des formules « magiques » pour améliorer chance et fortune, trouver du travail… (Vida TV, Fama). Certaines émissions persistent à traiter la santería comme une secte satanique. D’autres, moins tendancieuses, sont à visée informative (Infinito). Elles illustrent le thème avec des images tournées à Cuba. Ces images montrent les orishas, leurs caractéristiques et attributs. Elles montrent aussi les cérémonies réalisées dans le cadre de la pratique rituelle. Cela inclut les toques de tambor et quelques témoignages de croyants.

15-La radio transmet de brèves interviews de prêtres (Radio Chapultepec). Elle relate des évènements comme celui du scandale des narcosataniques (Radio Activo). Elle donne aussi, comme à la télévision, des conseils et des « formules » pour améliorer la vie quotidienne. Sur Internet, plusieurs pages Web proposent les services et les coordonnées de prêtres. Elles fournissent des généralités sur cette religion. Il existe des espaces virtuels. Là, initiés et non initiés exposent leurs doutes. Ils partagent aussi leurs opinions sur divers aspects de la santería.

16-Quant à la presse écrite, il convient de mentionner la revue bimensuelle Santería, Ciencia y Religión. Elle tirait à 7.300 exemplaires environ. Cette revue est parue pour la première fois à Mexico en 1993. Le principal éditeur était José Rodríguez Breñas, un homme d’origine cubaine. Il vivait à Mexico. Son départ pour Miami entraîna la suspension de la publication. Cette revue était distribuée sur les marchés. Les marchands de journaux participaient à sa distribution. Les botánicas y prenaient part également. Les boutiques qui se consacrent à la vente d’articles religieux jouaient aussi un rôle dans cette tâche. Une autre revue, Mundo Esotérico, a plus ou moins six ans d’existence. Elle publie fréquemment des articles très généraux sur la santería. On y trouve aussi des annonces de prêtres offrant leurs services. Sporadiquement, quelques journaux publient des reportages sur des cérémonies santeras. Ils utilisent la stigmatisation dont elles sont l’objet. Cela sert à salir la réputation de politiciens initiés dans cette religion.

17-Les informations ainsi véhiculées sont appréciées différemment par le public. La santería paraît attractive ou simplement exotique à certains. Elle a un caractère répulsif pour d’autres. Cela est principalement à cause des sacrifices d’animaux nécessaires à la pratique rituelle. Ceux-ci ont énormément contribué à la stigmatisation de cette religion, provoquant des conflits avec les autorités gouvernementales. Certains santeros disent qu’ils ont été victimes d’arrestations pour avoir réalisé des sacrifices dans des lieux publics. Ils mentionnent des lieux tels que les rivières situées à la périphérie de Mexico. D’autres disent avoir subi des violences de la part des habitants des villages proches de ces zones. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui encore, les sacrifices sont réalisés de manière très discrète, voire clandestine. Néanmoins, tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il est possible d’éviter ce problème. Il suffit de nettoyer et ramasser les restes d’animaux et les objets utilisés lors des cérémonies. On peut également s’entendre avec les gardiens et les policiers qui effectuent des rondes, si nécessaire, dans les zones concernées. Parfois, la pratique rituelle exige d’abandonner les restes d’un animal après un « nettoyage »19. Dans ces cas, on choisira un endroit isolé. Cela peut aussi être un endroit peu peuplé. On rencontre parfois des prêtres. Ils essaient de remplacer les animaux par d’autres ingrédients. Ces ingrédients sont plus simples et plus économiques. Ils veulent éviter des conflits et ne pas trop impressionner ceux qui viennent les consulter.

18-Enfin, la santería a connu une plus grande diffusion. Elle est mieux acceptée depuis dix ans. Pourtant, elle reste difficile à quantifier. La santería a connu une plus grande diffusion. Elle est mieux acceptée depuis dix ans. Pourtant, la santería reste difficile à quantifier. Connaître le nombre de ses initiés est néanmoins compliqué. Obtenir même un chiffre approximatif est difficile. Il n’existe ni chiffres officiels ni temples ou organisations ecclésiastiques enregistrant leurs affiliés. Les santeros, comparés à d’autres groupes religieux, constituent une minorité. La ville de Mexico, selon le recensement de l’année 2000, présente une majorité catholique (90,45 %). Moins de 10 % de la population appartient à d’autres religions. Dans cette liste, la santería ne figure même pas. Cependant, selon plusieurs informateurs, les initiés dans la santería seraient entre 3.000 et 6.000 dans la seule ville de Mexico. Cela ne compte pas ceux qui s’adressent à la santería pour obtenir un resguardo, une protection. Cela inclut aussi ceux qui réalisent un ebbó20. Plusieurs informateurs disent qu’un grand nombre de personnes possèdent des objets religieux. Même si elles ne sont pas complètement initiées dans la religion. Ces objets servent à leur défense ou pour leur bien. Aujourd’hui, Mexico est le lieu avec le plus de santeros du pays. Cependant, il y en a aussi dans les États de Morelos, Campeche, Guerrero, Oaxaca, et Veracruz. Ils se trouvent également dans les villes de Mérida, Morelia, Monterrey, et Guadalajara.

Des croyants et des pratiquants.

19-A Mexico, les croyants et les pratiquants de la santería sont issus de différents niveaux socio-économiques. Les entretiens réalisés m’ont permis de constater qu’il s’agit principalement de femmes. Toutefois, ce sont en majorité les hommes qui occupent les places les plus élevées de la hiérarchie. L’âge des pratiquants oscille entre vingt-cinq et cinquante-cinq ans. Le niveau de scolarité va de l’école secondaire à l’université. Les professions, quand ils en exercent une, touchent des branches très diverses. Ils incluent des techniciens, commerçants, fonctionnaires du gouvernement, avocats, ingénieurs, assureurs, artistes, et étudiants, etc. D’autres ont trouvé dans la pratique religieuse, à mi-temps ou à temps complet, un moyen de gagner leur vie.

20-Nous avons vu que la diffusion de la santería à Mexico n’est pas exclusivement le résultat des allers-retours des initiés. Ce n’est pas non plus uniquement dû aux candidats à l’initiation entre différents pays. Cette religion constitue aujourd’hui un élément à part entière du panorama religieux mexicain. Néanmoins, ceux qui la choisissent affirment qu’il n’existe pas de réel prosélytisme. Beaucoup de personnes disent avoir eu leur premier contact avec la santería par l’intermédiaire d’un parent ou d’une relation. D’autres ont été informées par des prospectus. Certaines ont découvert la santería grâce aux annonces publiées dans des revues ésotériques. Pour d’autres, c’était en se rendant au marché de Sonora. Les gens commencent normalement par consulter les oracles auprès des prêtres. Certains le font par curiosité, « pour voir ce qu’on leur dit ». D’autres ont l’intention de résoudre leurs problèmes de santé, sentimentaux, économiques, entre autres. À cette occasion, les prêtres réalisent une « consultation » (registro). Ils émettent un diagnostic à l’aide de différentes méthodes de divination. Ils conseillent le consultant sur ce qu’il doit faire pour améliorer sa situation, si besoin est. La crédibilité de la santería semble se cimenter sur son efficacité supposée à résoudre les problèmes des individus. Ces problèmes tourmentent ceux qui y ont recours immédiatement ou graduellement. On peut dire que les registros jouent un rôle important. Selon mes informateurs, « on vous parle de choses que l’on est seul à savoir ». Ils servent en quelque sorte de « lettre de recommandation » pour beaucoup de prêtres. Ils constituent le premier pas vers une possible initiation du consultant.

21-La plupart de mes informateurs disent qu’un prêtre utilise les registros pour déterminer les cérémonies particulières à réaliser. Le prêtre décide pour chaque cas. Le prêtre peut aussi décider de faire un ebbó spécifique, « en fonction des indications du saint »21. Celui qui reçoit les fondements. Il reçoit les « secrets » propres aux diverses cérémonies22 de la santería. « Il acquiert de la force. Il est protégé. Il est en bonne santé. Il obtient du bien-être, de la chance, de la tranquillité et toutes les bonnes choses de la vie ». Pour certains, c’est le premier pas sur le chemin de la religion. Le saint indique que c’est là la voie à suivre. Beaucoup seront appelés, peu seront élus! ».

22-Recevoir les fondements ne conduit pas nécessairement à « faire son saint ». Néanmoins, ces étapes préliminaires permettent à la personne de se familiariser avec les saints. Elle apprend à s’en occuper23. Elle découvre leurs attributs et les bienfaits que l’on peut attendre d’eux. Le croyant s’adresse à son parrain ou à sa marraine quand il a des doutes. Cela se passe quand les choses ne vont pas comme il l’espère. Ils doivent lui indiquer les procédures à suivre pour satisfaire les saints, afin qu’ils lui accordent leur aide. On peut donner un nouveau sens à sa vie grâce aux registros. L’efficacité des conseils des prêtres le permet, ainsi que les cérémonies. Les fondements reçus renforcent aussi le sentiment d’une possible lutte contre l’incertitude et contre les fatalités du destin24. Les adeptes acquièrent la possibilité de compter sur des guides et des protecteurs qui ne réclament pas d’exclusivité.

23-Les problèmes les plus fréquents, qui font qu’un individu recourt à la santería, concernent toutes sortes d’infortunes. Ces infortunes surviennent dans la vie quotidienne. Toutefois, on a également recours à cette religion pour atteindre un équilibre, une « stabilité spirituelle ». Beaucoup de gens cherchent d’abord une solution simple à des problèmes matériels dans la santería. Ils sont satisfaits par les résultats obtenus. Cela les amène à en faire leur principale croyance religieuse.

24-Beaucoup de personnes disent avoir fait appel à la santería pour des questions de santé. Des histoires extraordinaires circulent fréquemment à ce sujet. La plupart commencent à croire en la santería. Cela arrive quand un membre de leur famille fait face à un danger de mort. Cela les pousse à chercher des solutions dans cette religion. Parfois, c’est une maladie certifiée par les médecins qui les touche personnellement. Ensuite, ils sont « sauvés » grâce aux cérémonies réalisées par les prêtres. Cela peut également se produire suite à l’initiation (« couronner son saint »). D’autres s’initient pour des raisons différentes, émotionnelles, économiques, spirituelles, judiciaires. On compte aussi des personnes qui s’initient. Cependant, cela est beaucoup plus rare. Ils le font « parce que cette religion leur paraît intéressante ». On rencontre également des personnes qui disent avoir été « trompées » par des prêtres. Cependant, le temps passé aux côtés d’autres santeros, corrige les erreurs commises. Cette intervention semble compenser chez ces individus les effets négatifs de leur mauvaise expérience. Ainsi, cela leur permet de poursuivre leur parcours religieux. Il y a aussi ceux qui, dans une telle situation, prennent des précautions. Ils ne souhaitent pas s’initier tant qu’ils n’en savent pas plus sur cette religion.

25-Dans la santería, tout a un prix (derecho), disent les pratiquants. Cela signifie que tout ce qui est lié à la pratique religieuse doit être payé. Le paiement peut être fait directement avec de l’argent ou symboliquement avec des offrandes. « Les saints demandent leur droit et ce sont eux qui autorisent leurs intermédiaires à recevoir des honoraires »25. Quand le saint l’y autorise, le prêtre peut gagner sa vie en suivant ses ordres et conseils. Le saint indique alors le chemin conforme à ses responsabilités sacrées. Il empêche le prêtre de travailler et remplit sa maison de gens qui cherchent son aide. Certains informateurs disent se souvenir d’un temps. Ce temps est révolu. La tradition stipulait de ne pas faire payer ceux qui n’avaient pas de ressources. Le cas est rare aujourd’hui. Cependant, l’on trouve encore quelques prêtres qui n’exigent rien. Ils laissent le consultant libre de donner ce qu’il peut ou ce qu’il veut. D’autres perçoivent cette pratique comme un moyen facile de faire de l’argent. Ils profitent de personnes naïves et angoissées. Ces personnes sont souvent victimes d’abus économiques, psychologiques et même sexuels.

26-Pour beaucoup d’adeptes de la santería, avoir leurs saints à domicile crée un lien avec le sacré. Cela signifie « avoir une part de Dieu chez soi ». Ce lien est plus personnel et plus intime. Les conseils et les prescriptions des saints aident le consultant à mieux vivre. Ils l’aident aussi à vaincre les incertitudes. Les saints aident à savoir si les décisions qu’il prend sont correctes ou non. Ils permettent de savoir si elles lui permettront d’atteindre son objectif. C’est pourquoi les gens font appel aux saints pour demander de l’aide. Ceci se passe même dans des circonstances que beaucoup qualifieraient de banales. Les adeptes de la santería ne se conforment pas à ce que le destin leur réserve. Ils apprennent à manipuler les énergies pour remédier aux situations difficiles. « Avec le saint, tu ne luttes plus comme avant. Il t’aplanit le chemin pour accomplir ton destin. Par les signes [de l’oracle], on demande ce qui va arriver. Les choses sont plus crédibles »26. Avec la santería, beaucoup d’adeptes ont de la sorte concrétisé leurs espoirs de reconnaissance et prestige. Ces espoirs étaient difficilement réalisables dans d’autres domaines. Parfois, ils ont pu améliorer des aspects de leur personnalité qu’ils jugeaient négatifs.

27L’imaginaire associé aux saints est une force externe puissante. On attribue à cette force une grande partie de la solution rapide des problèmes. Les saints sont considérés comme des protecteurs et des anges gardiens. Ils sont aussi vus comme les pères et mères symboliques. Ils luttent toujours pour leurs enfants. Ils peuvent aussi sévir quand on n’est pas « obéissant et reconnaissant ».

Cultes afro-américains et appropriations individuelles : cohabitation religieuse et mystico-ésotérique.

28-C’est du point de vue des sujets que l’on peut le mieux appréhender. Cela montre comment se concrétise la transnationalisation de la santería à Mexico. Cela se fait à partir des constructions et des appropriations religieuses individuelles.

29-La santería se cumule souvent avec des pratiques dites ésotériques. Ces pratiques incluent le tarot, le feng-shui ou divers avatars du New Age. Certains ajoutent la santería en complément des précédentes, alors que d’autres suivent le parcours inverse. Dans un cas comme dans l’autre, ils admettent que les différentes connaissances sur le monde spirituel sont valides par principe. Ils acceptent également la manipulation des énergies. Elles partent d’une même essence, d’où la possibilité de les combiner. Ils pensent que tout conduit à la même chose. L’important est d’atteindre l’harmonie. Pour eux, la santería devient une variante parmi tant d’autres.

30-Il est fréquent de rencontrer des personnes qui font de cette combinaison de pratiques leur source de revenus principale. Elles profitent et participent à l’actuelle divulgation simultanée de la santería et des pratiques ésotériques. Cette divulgation peut se voir dans les revues. Elle se manifeste aussi dans les « salons de l’ésotérisme », dans les botánicas et dans les commerces. Ces lieux offrent des séances de divination en plus de divers articles en vente27. C’est le cas, par exemple, du Palais de Karnak. C’est un ex-Centre Yoruba, un local de grande taille. Il est situé dans le centre-ville. Il est reconnaissable à son enseigne : « Tarot, Yemaya, Changó. Registro de coquillages. Lecture de tarot, lecture de photo, lecture de main, Atte. Ochún Icole Baba Eyiogbe. Nous sommes des professionnels ».

31-Certes, la commercialisation de la santería n’est pas vue d’un très bon œil par les pratiquants. Ils la considèrent comme une « religion secrète ». Il n’est pas nécessaire de faire de la publicité pour eux. Quand tu es bon, les gens viennent sans tout cela 28. Toutefois, ceux qui vivent des divers services religieux qu’ils offrent se démarquent de cette vision des choses. Ils admettent rarement qu’il puisse s’agir d’un commerce rentable. Ils soulignent l’importance de la communication avec un large public. Cela est crucial pour faire connaître leurs croyances et pratiques. D’autant plus que « beaucoup de gens sont des escrocs et participent de la mauvaise réputation de la santería ».

32-Il convient de rappeler par ailleurs que la santería est une religion non-exclusive. Elle « n’est pas en guerre avec les autres ». Outre les pratiques ésotériques suscitées, il est très fréquent de trouver des santeros qui pratiquent simultanément d’autres religions29. De fait, la santería ne peut se comprendre sans faire référence à l’univers religieux dans lequel elle se meut. Elle est étroitement liée aux modalités de culte comme notamment le catholicisme, le spiritisme et le palo mayombe. A ce propos, K. Argyriadis signale :

 « […] on ne se trouve même pas en présence […] de pratiques rituelles. Il n’y a pas d’ensemble de croyances clairement définissable formant respectivement un système stable et homogène. Chaque famillede religion (pour ne pas dire chaque religieux) a sa propre spécificité. Elle a ses propres façons de faire et de penser. Certains santeros sont plus catholiques, d’autres plus spirites, d’autres à la fois paleros et spirites. […] Certains paleros se disent catholiques. […] Entre les catégories, il n’y a donc aucune limite stricte, mais plutôt une nette continuité » (1999 : 4).

33-Cette continuité s’observe également dans le cas des religions afro-brésiliennes, comme l’explique S. Capone. Il montre comment ces cultes s’organisent sur le modèle d’un continuum religieux. Il souligne que les cultes afro-brésiliens ne sont pas des constructions religieuses accomplies et figées. Ce ne sont pas non plus des entités qui s’excluent l’une l’autre (1999 : 27). M. J. Carozzi et A. Frigerio ont également identifié un tel continuum à Buenos Aires. Dans cette ville, on pratique majoritairement ensemble, dans les mêmes temples, deux variantes de religiosité afro-brésilienne. Ces variantes incluent l’umbanda et une variante plus orthodoxe, généralement le batuque de Porto Alegre (1997 : 4).

34-La plupart des santeros mexicains ont grandi dans un milieu catholique. Cependant, aucun d’entre eux n’est un catholique fervent ayant accompli au pied de la lettre les sacrements de l’église. Néanmoins, ils vont à la messe de temps en temps. Ils prient pour leurs défunts. Ils reçoivent la communion ou vont prier à l’église quand ils en ont envie. Pour eux, le catholicisme et la santería ne sont pas « ennemis ». De plus, la plupart des parrains exigent de leurs filleuls qu’il se fasse baptiser pour « faire son saint ». Certains les emmènent à l’église. D’autres leur demandent expressément d’y aller après l’initiation. Le témoignage ci-dessous illustre bien ce phénomène :

« Je continue à me sentir catholique et j’emmène mes filleuls à la messe après les avoir initiés pour qu’ils rendent compte à Dieu […] de ce qui a été fait ici sur terre […] je me considère comme santero [et] je suis catholique. […] Parfois, je vais prier le Tout-Puissant. La santería n’est l’ennemie de personne. Alors, si tu es santero, tu ne peux pas cesser d’être catholique. Tu peux être à la fois catholique et santero. Ma véritable religion est la yoruba, connue comme santería, et je m’y consacre. Cependant, la Virgen de Guadalupe et Jésus-Christ sont dans mon cœur. Je n’ai pas de problèmes. Je n’ai aucune raison d’en avoir. Au pire, si Elegguá ne m’aide pas, Jésus-Christ m’aide »30.

35-Beaucoup de santeros pratiquent également plusieurs variantes du spiritisme. Ils pratiquent aussi l’espiritualismo trinitario mariano. C’est une expression religieuse populaire millénariste. Son antécédent direct est la Iglesia Mexicana Patriarcal de Elías. Elle a été fondée en 1886 à Mexico par Roque Rojas Esparza (Ortiz, 1995 : 80). Le terme trinitario mariano est lié à la croyance en le mystère de la Sainte-Trinité et de la Vierge Marie. Parmi ces expressions religieuses, la croyance en les esprits « de la pénombre » ou « obscurs » est notable. On peut « donner de la lumière » à ces esprits à l’aide de messes ou de cérémonies spéciales. Il existe la croyance en les esprits protecteurs. Les hommes peuvent communiquer avec les êtres surnaturels par la médiumnité. La possession permet aussi cette communication. Enfin, on attribue des cures et miracles aux saints et esprits.

36-En ce qui concerne le palo mayombe ou palo monte. Ce culte afro-cubain est d’origine bantou. De nombreux informateurs évoquent des pratiques distinctes. Ils parlent de la possibilité de « croiser saint et mort ». Ils suggèrent être à la fois palero et santero. Cela signifie être à la fois palero et santero. Toutefois, chacun peut se définir en priorité selon une seule modalité. Beaucoup croient que la santería et le palo se complètent. À la différence du saint, « le mort est un esprit plus terrestre, plus mondain ». On peut lui demander d’intercéder pour le mal autant que pour le bien. Le mort résout plus rapidement que le saint »31. Le palo mayombe est aussi perçu par certains comme « moins pur » ou « inférieur » à la santería. Le mort par rapport au saint est « moins pur ». Il n’a pas atteint « une évolution spirituelle ». Cependant, la force qu’on lui attribue pour protéger ou pour résoudre un problème donné est perçue différemment.

37-Contrairement aux santeros, les adeptes du palo restent généralement beaucoup plus discrets. Ils préfèrent garder leurs pratiques et leurs croyances privées. Lors de l’enquête de terrain, plusieurs informateurs ont mentionné l’existence du Templo Vudú Zambia Palo- Monte. Ce temple a été fondé il y a plus de trois décennies par le défunt Luis Alberto Espinosa Morales. Celui-ci était un Cubain arrivé au Mexique dans les années soixante. En 1981, il a écrit un livre intitulé : « La religión pura del vudu32Zambia Palo Monte ». Ce temple aurait été le premier du genre, ou l’un des premiers au Mexique. Il ne fonctionne plus aujourd’hui. La majorité de ses membres sont dispersés. Cependant, le fils de Luis Alberto Espinosa a le projet de créer un autre temple. Il serait suivi par une cinquantaine de filleuls et d’adeptes. Ce nouveau temple serait similaire à celui de son père défunt, avec lequel il était en conflit.

38-Il va sans dire que cette cohabitation religieuse est importante. C’est-à-dire, elle est la coexistence de divers systèmes de croyances. Ces systèmes ne s’excluent pas l’un l’autre. Elle implique avant tout une continuité. Cette continuité est due au caractère complémentaire des diverses modalités religieuses en présence. Il s’agit d’un phénomène complexe, créatif et très riche. Les frontières religieuses sont difficiles à délimiter. Ce phénomène s’inscrit dans de nouvelles dynamiques. Son hétérogénéité est marquée par le caractère sélectif de l’appropriation individuelle.

39-Mon thème de recherche se concentre sur la compréhension des divers facteurs. Ces facteurs ont contribué à la transnationalisation de la santería à Mexico. Cependant, les données ethnographiques auxquelles je suis confrontée m’obligent également à remarquer la première maison de candomblé à Mexico. Elle est présente depuis 1978. Cette maison a été fondée par la mãe-de-santo (marraine de candomblé) Lourdes da Silva. Elle est une Brésilienne qui réside toujours dans la capitale. Actuellement, beaucoup de ses filleuls ont cessé de s’occuper de religion. Ils disent qu’ils se sont sentis « abandonnés ». Plusieurs d’entre eux se sont rapprochés d’une autre maison de candomblé de Mexico. Cette maison a été fondée par Maurício de Bessem, initié vers 1998. Il est fils de père mexicain et mère brésilienne. Maurício est né à Rio de Janeiro et vit au Mexique depuis l’âge de trois ans. Les deux maisons de candomblé n’ont aucun rapport rituel. Maurício de Bessem précise toutefois que c’est Lourdes da Silva qui l’a fait entrer en religion. Plus tard, Da Silva a voyagé au Brésil. Elle a mis en contact Mauricio avec sa mãe-de-santo : Marcia de Omulú de la nation jeje mahi.

40-Mais surtout, Maurício de Bessem a eu son premier contact avec un culte afro-américain par la santería. Cela s’est fait grâce aux recommandations d’une tierce personne. À cette époque, il traversait une période de sa vie où il était « dans l’impasse ». Le santero avec lequel il est entré en contact en 1995 est devenu son filleul. Il s’appelle Gabriel de Iemanjá. Ce dernier est en train de « transformer » ses saints lucumí en orixás de candomblé. Il se sent prêt à assumer la charge de pai-de-santo (chef de culte). Il est prêt pour une troisième maison de candomblé à Mexico. Tous ses filleuls de santería, selon ce qu’il m’a fait entendre, ont montré leur accord. Ils sont disponibles pour s’initier. Ils sont prêts à transformer leurs saints lucumí en orixás de candomblé. Précisons que les maisons de candomblé mentionnées ici n’ont pas de concurrentes. Elles ne semblent pas exister à ce jour dans tout le Mexique.

Maisons de saint et parenté rituelle : savoir religieux et légitimation.

41-L’analyse des maisons de saint permet de mettre en relief les rapports de pouvoir qui les sous-tendent. Ces réseaux de parenté rituelle regroupent souvent plus d’une nationalité, principalement cubaine et mexicaine. Ils sont le théâtre de conflits. Ces conflits concernent essentiellement la détention de la « vraie » connaissance des pratiques rituelles. Plusieurs stratégies de légitimation s’entrecroisent : celle du prestige lié à la nationalité affichée (selon les cas cubaine, yoruba, brésilienne, voire même mexicaine…), et celle de la hiérarchie qui se base sur l’ancienneté en religion, sans oublier les possibles interférences liées à la personnalité de chaque individu33.

42-La base de l’organisation sociale de la santería est la maison de saint ou ilé ocha. C’est-à-dire l’ensemble des personnes qui forment une famille religieuse via la parenté rituelle. Cette famille se compose de parrains et de marraines. Ils engendrent des filleuls qui se considèrent entre eux comme frères et sœurs de saint. Cependant, c’est surtout le rapport parrain (ou marraine) et filleul qui est privilégié. Il n’y a ni temples, ni églises. Il n’existe pas d’institution ecclésiastique pour normaliser les bases doctrinaires de la pratique religieuse34. « Chaque iyá [mère, marraine] et chaque babá [père, parrain] reconnaît uniquement sa propre autorité. Ils reconnaissent aussi celle de leurs orichas. Néanmoins, on ‘respecte l’âge’. On respecte la hiérarchie fondée sur les années de sacerdoce. Ceux qui ont le plus d’années de saint reçoivent la considération qu’ils méritent » (Cabrera, 1980 : 132). On peut observer le fait à travers les salutations entre aînés et cadets. Ces derniers se prosternent aux pieds des aînés. Ils montrent ainsi leur respect et leur humilité. Parfois, ils s’inclinent devant eux jusqu’à toucher le sol du front. Il s’agit là d’une règle essentielle que tout iyawó35 doit suivre avec rigueur. Ce geste, quand il s’adresse à un prêtre aîné, n’est pas seulement une marque de respect pour lui. Il signifie aussi la reconnaissance de la séniorité du saint « couronné » sur sa tête. Ce saint est symboliquement plus âgé que celui de la personne qui se prosterne. La figure du saint devient ainsi un médiateur symbolique des relations personnelles et de pouvoir. Ces relations sont souvent conflictuelles. Le saint contribue de ce fait au maintien de la différence hiérarchique.

43-La santería repose sur des relations entre individus. Ces individus occupent des positions hiérarchiques. Cette hiérarchie est fondée sur une autorité et une connaissance. Celles-ci sont légitimées par une pratique religieuse spécifique. Dans ce réseau de relations de parenté rituelle, des stratégies sont mises en œuvre. Elles visent à atteindre et maintenir ces positions. Ces stratégies assurent la reproduction de la structure hiérarchique. Elles permettent la transmission des « façons particulières de faire et penser » quant à la pratique rituelle. Ces façons varient constamment d’une maison à l’autre.

44-Les parrains et marraines considèrent qu’ils ne peuvent pas révéler les « secrets » de la même manière. Chaque filleul est différent, et cela nécessite une approche particulière. Un filleul « de colliers, de guerriers ou de la main d’Orula » a une position hiérarchique différente. Cette position ne correspond pas à celle de celui qui a fait son saint ou Ifá. Par conséquent, il ne peut pas acquérir les mêmes savoirs. Les aînés sont explicitement responsables du processus d’apprentissage. Ils ont le devoir de transmettre leurs connaissances. Ils doivent enseigner les différentes pratiques rituelles aux plus jeunes en religion. Les aînés doivent particulièrement enseigner ceux qui se destinent au sacerdoce. C’est durant cette période d’apprentissage que les aînés tentent de leur inculquer « la discipline ». Ils les instruisent sur leurs obligations et responsabilités. Ils assimilent ainsi graduellement les codes et normes tacites ou explicites de leur groupe religieux.

45-Pour les adeptes de la santería, les savoirs concernant les techniques divinatoires sont surtout acquis par l’expérience. On apprend également le déroulement des cérémonies d’initiation par l’expérience. Les connaissances des techniques divinatoires sont principalement acquises grâce à l’expérience. C’est également par l’expérience que l’on apprend le déroulement des cérémonies d’initiation. La façon de s’occuper des saints nécessite de la pratique. L’entraînement aux côtés des aînés est aussi nécessaire pour manipuler les énergies. Certains parrains consacrent une partie de leur temps à cette tâche. Cependant, d’autres peuvent s’en désintéresser. Ils vont même jusqu’à restreindre la lecture et ignorer l’étude de textes sur la santería. Ils prétendent « qu’ils peuvent tout confondre ». Il faut cependant préciser qu’on trouve aussi des santeros qui utilisent des textes classiques. Ces textes incluent entre autres ceux de Lydia Cabrera et Natalia Bolívar. Ils s’en servent pour compléter leur enseignement et connaissances. Ils l’utilisent également pour reproduire au pied de la lettre des « recettes » ou procédures rituelles.  Néanmoins, la dépendance des plus jeunes envers les aînés reste le cas le plus courant. Certes, tout ne se réduit pas a un pur exercice de pouvoir. Beaucoup d’adeptes considèrent leurs parrains comme leurs « seconds parents ». Ils entretiennent avec eux une très forte relation d’affection et d’entraide. Comme dans toute interaction humaine, les relations entre parrains et filleuls sont complexes. Elles peuvent souvent déboucher sur des brouilles ou même sur une rupture radicale.

46-Il est très courant que parrains et marraines surveillent attenti-vement leurs filleuls . En général, ce n’est pas bien vu. Une personne qui appartient à une maison de saint particulière ne doit pas aller en visite dans d’autres maisons. Selon mes informateurs, « certains [parrains] ont peur que les filleuls s’en aillent ». Ils craignent aussi que leurs filleuls se rendent compte que leurs parrains n’ont pas bien fait les choses. D’autres voient avec méfiance ceux qui sollicitent en secret les services d’un prêtre. Le parrain n’en est pas averti. Cependant, certains parrains considèrent important que leurs filleuls apprennent à devenir indépendants.

47-D’autre part, il convient de souligner que dans ce réseau de relations, les parrains exercent une manipulation. Ils appliquent aussi une pression symbolique, souvent très subtile, à travers l’imaginaire associé aux saints. Des expressions comme « On ne joue pas avec les saints ». « Le saint ne te menace pas, mais il t’avertit ». « Le saint te pardonne une fois, deux fois, trois fois ou plus. Mais quand il dit stop! Attention! » ; Il faut faire attention à ce que dit un prêtre. Nous avons de l’aché36 dans la bouche. Sa malédiction tombe sur n’importe qui. Vous autres [les filleuls] ne devez pas la craindre. Vous êtes obéissants. Ces phrases montrent qu’il existe des mécanismes de pression qui contribuent à la manipulation de certains initiés. Ces derniers assurent que le saint non seulement résout les problèmes. Mais il peut aussi retirer la chance et le bien-être à celui qui fait fi de ses avertissements. Le pouvoir et l’aché des prêtres, octroyés par les saints, peuvent également se répercuter négativement. Cette répercussion touche ceux qui ne sont pas obéissants et respectueux.

48-La pression symbolique se fait graduellement. Peu à peu, les initiés réalisent que les saints ont résolu leurs problèmes. L’aide de leurs parrains a aussi apaisé leurs angoisses. Ils reconnaissent que le saint peut influer favorablement sur le cours des événements. Cependant, il peut aussi faire le contraire. Plusieurs mentionnent aussi divers autres facteurs qui peuvent jouer un rôle. Cela inclut « la bonne ou la mauvaise tête de chacun ».

49-Parenté rituelle et parenté sanguine sont souvent interdépendantes. Il y a des familles dans lesquelles un frère devient le parrain de ses frères et sœurs. Parfois, il devient même celui de ses neveux et cousins. Ce lien familial impacte souvent les rituels. Il y introduit un relâchement ou parfois un durcissement de la discipline. Dans certains cas, l’engagement d’un filleul à son parrain dépend directement de leurs relations en tant que consanguins. Leur relation actuelle ou passée joue un rôle crucial. Lorsque ces relations sont cordiales, les enfants ou frères reçoivent souvent de l’aide. Les parents ne parviennent pas à les contrôler ou à les orienter. Les parrains et marraines unis par des liens consanguins et rituels sollicitent l’intervention des saints ou des oracles. Ils cherchent aussi à modifier la conduite d’une personne. Ils s’appuient aussi sur les liens affectifs et sentimentaux. Ils s’appuient sur l’autorité qui découle de leur position dans la parenté consanguine. Leur position est renforcée par leur double rôle d’aînés.

50-Les dissensions qui existent sont aussi, au Mexique, liées à la nationalité des protagonistes. Les Cubains sont actuellement les plus avancés dans la hiérarchie. Plusieurs Cubains sont reconnus et respectés pour leur savoir. Cependant, beaucoup de Mexicains jettent sur eux un discrédit. Ils arguent que ce sont les Cubains qui créent le désordre et commettent des méfaits. Ils disent que « ce sont de bonnes personnes chez eux, à Cuba. Mais quand ils viennent au Mexique, ils ont recours aux magouilles et aux tromperies pour soutirer l’argent. Cet argent, ils ne peuvent pas le gagner chez eux »37. « Certaines personnes pensent que la santería est d’origine cubaine. Ils croient que c’est seulement à Cuba qu’on trouve ce qu’il y a de mieux. Pourtant, ils se trompent. Nous, les Mexicains, ne demandons rien aux Cubains »38. C’est ainsi que les Mexicains tentent de légitimer le savoir qu’ils détiennent aujourd’hui dans la santería.

51-Les conflits de pouvoir et de légitimité peuvent s’observer aussi dans les relations entre santeros et babalawos. Selon un mythe souvent évoqué, Olofi, le créateur, répartit le savoir. Ainsi, personne en particulier n’en détient l’exclusivité. C’est pourquoi santeros et babalawos seraient tenus de travailler ensemble. Néanmoins, dans beaucoup de cas, ces derniers s’accusent mutuellement d’usurper leurs prérogatives respectives. Les babalawos sont en général considérés comme des savants par les santeros. Pourtant, certains considèrent parfois les babalawos comme arrogants. Ils peuvent aussi être jugés méprisants envers les prêtres ayant un niveau inférieur : « Ils croient tout savoir ». Les babalawos critiquent les travaux de certains santeros. Ils prétendent que ceux-ci usurpent des fonctions qui ne sont pas les leurs. Ils affirment aussi que ces santeros « ne font pas les choses complètement ou les font mal ».

52-Ce qui est en jeu ici se trouve à travers ces disputes et accusations mutuelles. C’est la question de la légitimation de la « vraie » connaissance en religion. Le débat porte sur ce qui constitue la véritable connaissance en matière de religion. En d’autres termes, il s’agit d’un conflit. D’un côté, il y a un modèle idéal « d’orthodoxie ». De l’autre, il y a diverses adaptations pratiques en présence. Rappelons que chaque maison a ses propres procédures rituelles. Elles ne répondent pas à un modèle homogène. Cela explique l’abondance de variantes et donc de disqualifications.

53-Au Mexique, on peut observer deux tendances principales dans les discours de légitimation. La première met l’accent sur les origines de cette religion. Elle est issue d’une supposée Afrique millénaire. Cela conduit à préférer la dénomination « religion yoruba » à celle de santería. Les tenants de cette tendance rejettent le « syncrétisme ». Ils nient l’influence du catholicisme. Ils évitent parfois d’utiliser les images et les noms des saints catholiques. Ils gardent uniquement les noms « yoruba » des orisha. La seconde tendance reconnaît l’Afrique « yoruba » comme le berceau de la santería. Cependant, Cuba est toujours considéré comme l’origine de la modalité religieuse actuelle. Autrement dit, c’est revendiquée comme la modalité de la diaspora. Le fait peut apparaître paradoxal. S’il est courant de discréditer les Cubains à Mexico, être initié à Cuba est un facteur de prestige pour certains. Cela peut même être une légitimation. Avoir un parrain cubain peut aussi être un facteur de prestige. Il arrive même que les Mexicains tenants de cette seconde tendance se présentent publiquement comme Cubains.

54-L’analyse des diverses façons d’appréhender la « vraie tradition » doit considérer plusieurs aspects. Elle doit tenir compte du rôle croissant des liens de filiation. Les liens de filiation jouent un rôle de plus en plus important. Ces liens sont de parenté religieuses transnationales. Ils circulent, outre des biens symboliques et des personnes, des messages et des discours. Ces messages ont une influence incontestable sur la construction du discours et de la pratique religieuse. Ces liens ne se réduisent pas à Cuba et à Miami (bien que ces deux lieux restent pour l’heure prédominants). Grâce à Internet par exemple, plusieurs Mexicains prennent contact avec des santeros de diverses parties du monde. Ils exposent leurs doutes. Ils ont des requêtes spécifiques sur des thèmes en relation avec cette religion. Ils sont à la recherche et entrent en contact avec d’autres prêtres résidant au Mexique. Des recherches plus détaillées doivent être menées sur les réseaux religieux créés par la transnationalisation. Il faut également examiner les modifications religieuses qui accompagnent ce processus. Il existe aussi des tensions entre la dimension discursive et la dimension pratique à plusieurs échelles, locales et globales.

Remarques finales.

55-On peut distinguer deux étapes dans le processus de diffusion de la santería à Mexico. La première se déroule entre les années cinquante et la fin des années quatre-vingt. Pendant cette période, la santería n’est pas très connue, et sa diffusion s’effectue essentiellement par le bouche à oreille. Les initiés mexicains sont peu nombreux. Dans les années soixante-dix, Mexico devient un lieu d’initiation possible à l’instar de villes comme La Havane ou Miami. La seconde étape commence en 1989. Elle continue jusqu’à aujourd’hui. Les moyens modernes de communication jouent un rôle important. La circulation des personnes, des objets et des idées aide aussi. Cela contribue à une diffusion beaucoup plus ample et plus visible de la santería.

56-La santería est une pratique religieuse. Elle constitue une forme alternative. Elle permet de trouver des solutions aux divers problèmes individuels. Ces problèmes ne relèvent pas exclusivement du domaine religieux. Les personnes qui s’initient à la santería semblent être unies par la croyance en l’existence d’énergies. Même si elles la combinent avec d’autres expressions religieuses ou ésotériques, elles partagent cette croyance. Ces énergies sont susceptibles d’être altérées ou rendues propices. Ils croient également en l’existence d’entités qui peuvent intervenir en bien ou en mal sur la vie terrestre. Ils trouvent que les méthodes de divination sont efficaces. Ces méthodes permettent d’avoir une vie « plus tranquille ». Ainsi, elles diminuent l’incertitude du quotidien.

57-Dans la santería, l’énergie39 et les entités sont rendus visibles par les effets qu’ils produisent. Cela se manifeste dans le corps ou dans le cours de la vie de chacun. La majorité des initiés est attirée par la possibilité de développer leur capacité. Ils veulent altérer et dévier ces effets pour leur bien-être ou à leur convenance. Cela peut être fait dans différents domaines (santé, économie, amour). Ils utilisent des objets protecteurs religieusement consacrés et des méthodes de divination. Ils suivent aussi les conseils des prêtres. Ils font des offrandes diverses à des saints ou à des morts pour obtenir de l’aide. Le succès de cette expression religieuse est également lié aux relations interpersonnelles générées par la parenté rituelle. En effet, ces relations aident à faire accepter les schémas de référence. Ils définissent la réalité du point de vue de la santería. Ils permettent aux initiés de donner du sens aux événements de leur vie quotidienne.

58-D’autre part, la santería n’a pas une position lui permettant d’entrer en compétition ouverte au sein du champ religieux mexicain. Cela est dû à sa prédominance catholique. Pourtant, beaucoup de ses membres utilisent des formes subtiles de prosélytisme pour attirer les adeptes. Ils relativisent les discours religieux dominants qui prônent des codes de conduite moins flexibles. Ces discours prônent aussi une adhésion religieuse exclusive et des relations entre prêtres et fidèles moins étroites et personnelles. Ils font ainsi usage de la médiation symbolique des saints. Les esprits sont capables d’influencer de façon favorable ou négative la vie de l’initié.

En conclusion.

59-A ce stade de l’enquête, il reste des variables socio-culturelles à étudier. Ces variables rendent possible, dans le cas mexicain, l’accueil d’expressions religieuses comme la santería. Il convient également d’identifier et d’analyser les éléments-charnières qui permettent de lier les différentes croyances et pratiques religieuses et/ou ésotériques. De même, il est important de comprendre comment les individus transitent d’une forme religieuse à une autre. Il faut étudier comment ils combinent les diverses expressions religieuses. Il est essentiel de savoir comment ils résolvent les conflits qui peuvent en découler. On doit examiner ce qu’ils trouvent d’attrayant ou de fonctionnel dans chacune d’entre elles. Il convient d’analyser dans quelles circonstances, contingences ou situations ils ont recours à l’une ou à l’autre. Enfin, il est crucial de mener une enquête plus approfondie sur la constitution des réseaux transnationaux. Ces réseaux doivent être étudiés dans leurs dimensions historique, politique, sociale et culturelle. L’objectif est de faire émerger les similitudes et les différences entre le Mexique et d’autres régions. Ces régions sont celles où les religions afro-américaines sont également présentes40.

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Liste des informateurs cités (habitant tous Mexico) .

Francisco González. Mexicain. Marié. Environ 38 ans. Avocat. Vit de sa profession. Se définit comme babalawo. A fait son saint à Cuba en 1995 et Ifá en 1997.

Noelio Camejo. Cubain. Célibataire. Environ 60 ans. Infirmier. Vit de la religion. A fait plusieurs séjours à Mexico puis s’y est installé en 1997. Santero et palero, a fait son saint à Cuba en 1954.

Orestes Verrios. Cubain. Environ 70 ans. Remarié à une Mexicaine. Musicien rituel. A fait un premier séjour à Mexico en 1962 puis s’y est installé en 1980. Se définit comme yoruba, congo, mandinga, carabalí et spiritualiste. A fait son saint à Cuba dans les années soixante-dix.

Rafael Fernández. Mexicain. Marié. Environ 45 ans. Vit de la religion. Santero, palero et spirite. A fait son saint à Miami en 1980.

Ramiro Pérez. Mexicain. Séparé. Environ 45 ans. Etudes de comptabilité. Vit de la religion et de la commercialisation de divers produits ésotériques et ingrédients utilisés dans la santería. Se définit comme santero et catholique. A fait son saint à Cuba en 1989.

Carlos Santos. Mexicain. Marié. Environ 38 ans. Etudes de biologie marine et de théâtre. Travaille dans l’industrie du cinéma. Se définit comme catholique, santero, spirite et palero. A fait son saint à Mexico en 1995.

Yolanda Rosas. Mexicaine. Mariée. Environ 50 ans. Etudes de commerce international. Vit de la religion et de la commercialisation de divers produits ésotériques et ingrédients utilisés dans la santería. Se définit comme santera, palera et ésotérique. A fait son saint à Cuba en 1988.

Notes.

1 Les lieux où l’on vend toutes sortes d’objets sont connus sous ce nom. On trouve également des matières premières utilisées dans la santería. Actuellement, il y a plus de cinquante de ces botánicas dans toute la ville de Mexico. Elles se trouvent même dans sa banlieue.

2 La plupart des pratiquants partagent l’opinion suivante. Le « baptême » dans cette religion s’effectue lors des cérémonies des colliers. Il s’effectue également lors des cérémonies des guerriers et de la main (awofaká) ou ikofá d’Orula. Les candidats à l’initiation y acquièrent des « secrets » ou « fondements ». Les représentations matérielles de ces secrets sont, entre autres, des colliers, des bracelets, des pierres, et des objets en métal. Pour beaucoup de personnes, les colliers constituent le premier pas vers la prêtrise. Pour d’autres, c’est seulement une protection ou une amulette.

3 Beaucoup de pratiquants de la santería au Mexique se réfèrent à elle comme la religion yoruba. Certains l’appellent aussi lucumí. Je garderai dans cet article le terme le plus connu : santería.

4 Les oracles ou techniques divinatoires constituent l’un des piliers de la santería ou Règle d’Ocha. Ce sont des moyens permettant aux orishas – divinités intermédiaires entre l’être humain et la force suprême – de communiquer. Ils font savoir aux humains comment vaincre les obstacles quotidiens. Les techniques divinatoires les plus complexes et hiérarchiquement supérieures relèvent des babalawos, qui utilisent le système divinatoire appelé Règle d’Ifá. Ils manipulent, entre autres, une chaîne (ekuele), de laquelle pendent huit morceaux de coco séché et une tablette circulaire. D’autres techniques existent. Par exemple, l’oracle diloggún se base sur le lancer de seize cauris, et n’est pas utilisé par les babalawos. L’oracle obi repose sur le lancer de quatre morceaux de noix de coco. Selon les différentes faces, les cauris peuvent être concaves ou convexes. Les morceaux de coco et les parties de la chaîne divinatoire présentent plusieurs combinaisons. Les cauris, morceaux de coco, et parties de la chaîne divinatoire offrent plusieurs combinaisons. Ces objets peuvent tomber en différentes combinaisons. Ces combinaisons ou signes sont ensuite interprétés par les prêtres.

5 Entretien avec Francisco Gonzáles, Mexico, 13 août 2000.

6 Par ce terme, je désigne les pratiquants de la santería. Je désigne également les personnes qui, sans être initiées, sollicitent les services des prêtres.

7 Lorsqu’on parle de la santería au Mexique, les deux termes orisha et saint sont équivalents.

8 On établit une parenté rituelle à travers des cérémonies d’initiation. La personne qui transmet les fondements ou « secrets » sera considérée comme parrain ou marraine. Celui qui les reçoit sera considéré comme son filleul ou sa filleule.

9 Objets préparés rituellement pour éloigner le mal.

10 Entretien avec Noelio Camejo, 12 juin 2002.

11 Cérémonie que l’on offre à un orisha pour l’honorer.

12 La Jornada, 15 avril 1989, p. 13.

13 La Jornada, respectivement 12 avril 1989, p. 13 ; 14 avril 1989, p. 40 ; 15 avril 1989, p. 13 ; 19 avril 1989, p. 13 ; 27 avril 1989, p. 16.

14 La Jornada, 25 avril 1989, p. 27.

15 Ibidem, p. 40.

16 La Jornada, 6 mai 1989, p. 15.

17 Idem.

18 L’île de Cuba s’ouvre massivement au tourisme à la même époque. Des mesures migratoires et politiques font sortir ces pratiques religieuses de la clandestinité. Elles permettent aux Cubains de voyager un peu plus facilement.

19 C’est-à-dire une purification.

20 Offrande faite aux saints ou rituel de nettoyage.

21 Quand un orisha ou saint « réclame la tête » de quelqu’un, il envoie un message au prêtre. Le message passe par l’intermédiaire d’Elegguá ou d’Orula. Le prêtre doit ensuite le communiquer à l’élu. Demander la tête d’un individu, c’est le reconnaître comme fils.

22 Parmi les pratiquants de la santería, certains ont une opinion particulière. Ils considèrent tous ceux qui ont participé aux cérémonies de baptêmes comme des santeros « mineurs ». Ces baptêmes incluent des rites comme les colliers. Ils comprennent aussi les guerriers et la main ou ikofá d’Orula. Ce sont les principales rites. D’autres les considèrent comme des aleyos (débutants). Pour être considéré comme santero par tous, une personne doit au moins avoir réalisé la cérémonie du couronnement du saint. C’est une forme d’initiation. Il en va de même pour les babalawos, considérés comme tels après la cérémonie d’Ifá.

23 S’occuper de son saint implique plusieurs actions. On doit le nettoyer. Il faut lui présenter des offrandes. On doit le « nourrir ». Il est important de lui parler. Enfin, il faut lui allumer des bougies.

24 La santería privilégie le caractère instrumental de l’exercice religieux. Cela explique la primauté du savoir lié à la connaissance et à la maîtrise des ‘traités’. Ces traités peuvent être des formules magiques ou non, employés pour obtenir la solution recherchée » (Menéndez, 1995 : 39).

25 Le prix d’un registro varie de 150 à 1.500 pesos (de 15 à 150 dollars), bien qu’un filleul puisse quelquefois négocier ce prix à la baisse. Le tarif dépend de ce que dit le saint et des revenus du client. Ceux qui ont plus d’argent paient pour ceux qui en ont moins.

26 Entretien avec Ramiro Pérez, Mexico, 14 mai 2001.

27 Bougies, essences, baumes, amulettes, savons, livres, images de saints et d’orishas… pour protéger, éloigner le mal, trouver une solution aux problèmes d’amour, de santé, de tromperies, de travail…

28 Entretien avec Noelio Camejo, 12 juillet 2002.

29 Ce phénomène d’affiliation religieuse multiple ne s’observe pas seulement au Mexique. Kali Argyriadis a montré comment les habitants de la capitale cubaine pratiquent diverses religions de manière complémentaire. Ils incluent la santería, le palo, le spiritisme et un catholicisme pragmatique (1999 : 4).

30 Entretien avec Ramiro Pérez, 25 juillet 2002.

31 Entretien avec Carlos Santos, 18 juillet 2002.

32 Dans ce temple, on considère que le Zambia Palo-Monte est lié au vaudou. Dans son livre, Luis Alberto Morales précise qu’il s’agit d’un dérivé du vaudou dans sa branche conga. Ce culte provient des esclaves du Congo. Leur religion ancestrale, appelée mangre, serait l’un des cultes les plus populaires. C’est également l’un des plus craints dans l’histoire d’Haïti depuis l’indépendance. Les adeptes du Zambia Palo-Monte maintiendraient les plus respectables traditions de cette religion. Ils n’ont pas honte d’être paleros (Espinosa, 1981 : 25).

33 Précisons que le genre et l’orientation sexuelle entrent également en ligne de compte. Les femmes et les homosexuels sont exclus des positions les plus hautes. Celles-ci incluent les postes occupés par les babalawos, réservés à des hommes hétérosexuels. Les hommes parlent plus facilement sur ce sujet. Cette tendance est observée dans le cadre d’une enquête ethnographique. Ils sont donc en majorité dans les citations de cet article. Je n’aurai pas le temps ici de développer cet aspect, qui requiert par ailleurs une expérience de terrain plus longue.

34 Précisons que ce dernier aspect est en train de prendre une autre dimension. En juillet 2003, une association légale a vu le jour dans la capitale. Il s’agit de l’Association Ilé-Ifá de Mexico. Elle a pour objectif, entre autres, d’unifier et d’homologuer les opinions des différents membres concernant la pratique rituelle. On peut d’emblée noter cela. L’un des principaux obstacles à cette initiative est justement l’hétérogénité manifeste des diverses maisons de saint.

35 Ce terme désigne ceux qui ont été initiés depuis moins d’un an dans la santería.

36 Grâce, bénédiction et force vitale des orishas.

37 Entretien avec Yolanda Rosas, Mexico, 15 août 2000.

38 Entretien avec Ramiro Pérez, 15 août 2000.

39 L’énergie constamment évoquée est une force impersonnelle, immanente, anonyme, diffuse, et invisible. Elle est présente en toute chose et personne. Cette énergie est susceptible d’être manipulée.

40 Je remercie F. Adonon et K. Argyriadis pour la traduction en français.Top of page

References

Bibliographical reference

Nahayeilli B. Juárez Huet, “La santería à Mexico : ébauche ethnographique”, Civilisations, 51 | 2004, 61-79.

Electronic reference

Nahayeilli B. Juárez Huet, “La santería à Mexico : ébauche ethnographique”, Civilisations [Online], 51 | 2004, Online since 01 January 2009, connection on 02 January 2025. URL: http://journals.openedition.org/civilisations/667; DOI: https://doi.org/10.4000/civilisations.667Top of page

This article is cited by

  • Ramírez, Luis Carlos Castro. Kerestetzi, Katerina. (2021) Des dieux complices des narcos ?. Terrain. DOI: 10.4000/terrain.2118