Zombi et Vaudou : Espace de l’Esclavage à Haïti.

De l’esclavage à l’appropriation culturelle

De la culture voodoo au non-mort dystopique.

Tous les éléments de la culture voodoo et zombi en Haiti s’incarnent dans la figure du « non-mort».

Suivre les traces d’un mythe devenu folklore occidental.

Le mot «zombi» (nzambi) est d’origine africaine. Il désigne un esprit ou le fantôme d’un mort. Sa signification évolue considérablement avec les subcultures de survie de l’esclavage.

Cette évolution est portée par la combinaison des croyances traditionnelles africaines, caribéennes et catholiques. En Haïti, la figure du zombi prend forme en marge de la culture vaudou.

La marge dans la marge, les pratiques des sociétés secrètes.

La société bizango, dont le rôle judiciaire est important, lui confère le pouvoir de zombification. Jugé et condamné, le zombi est en réalité un criminel privé de liberté. Il est rendu esclave et gardé dans un état d’hébétude au service d’un maître (bokor).

Entre savoir et fiction, l’exposition donne à voir les réalités qui se cachent derrière la peur de cet iconique« non-mort». En filigrane, elle explore le mythe dans l’imaginaire collectif occidental. Elle retrace son développement depuis son évocation en 1697 dans le roman de l’écrivain français Pierre-Corneille Blessebois. Le parcours se poursuit jusqu’au légendaire film de George A. Romero, La Nuit des morts-vivants.

Le zombi syncrétisme spirituel.


Image à la fois fascinante et inquiétante, le Zombi provient des croyances vaudou. Il résulte du syncrétisme né de l’esclavage. On parle des cultes voodoo d’Afrique, mélangé aux pratiques des peuples caraïbes et au christianisme. Le vaudou est apparu au XVIIe siècle, pendant l’époque de l’esclavage.
L’exposition parle des vraies origines des Zombis à Haïti. Objets et des histoires montrent un lien profond avec la spiritualité vaudou. Cette culture est pleine de symboles et de significations (mélange les pratiques spirituelles). C’est comme les esprit, ls sont partout mais on en parle pas. C’est une vraie religion avec ses croyances, ses mythes et ses rites que seuls les croyants connaissent. Ce sont surtout les initiés qui ont « été zombifiés » qui connaissent les secrets.

La religion vaudou à Haïti.

Dans la religion vaudou, il y a un dieu nommé le grand maître. Cependant, il n’apparaît entièrement sur aucune représentation (tableaux, dessins…). En effet, on ne peut apercevoir que sa main, voire son doigt.

En dessous du grand maître, comme dans tout panthéon se trouvent les esprits, appelés les Loas.

Le Loa de la mort est le Baron Samedi. Il est représenté habillé d’un costume violet et d’un pantalon noir. Il est souvent accompagné de sa femme : Maman Brigitte. Chaque Loa possède son symbole, le « Vévé ». Le Baron Samedi est représenté par un carrefour. Ce symbole est très important lors des enterrements vaudous. Maman Brigitte est symbolisée par un cœur.

Les temples vaudous sont construits autour d’un poteau mitan. Lors des cérémonies religieuses, les prêtres tournent au rythme des tambours, propres à chaque Loa, jusqu’à la transe. C’est la pratique giratoire traditionnelle. La liaison entre le prêtre et le Loa est établie grâce au poteau mitan. Le prêtre monte. En même temps, le Loa descend.

Sociétés secrètes et rituels mortuaires.

Depuis le XVIIIeme siècle, les nombreuses sociétés secrètes sont présentes à Haïti. La plus connue d’entre-elles est la société Bizango.
Elle est reconnaissable grâce à ses habits de couleur rouge, noire et blanche.
Ce sont les membres de cette organisation qui organisent la zombification. Avant cette opération le coupable a rendez vous avec les membres de la société Bizango. Derrière eux, l’armée des ombres est composée de fétiches. Présence de vrais crânes et miroirs pour renvoyer les mauvais sorts. Des bouteilles de rhum à la place des pieds (pour emprisonner l’âme végétative et intellectuelle).
En Haïti, les enterrements ne sont pas comme les enterrements européens. Festifs, ils célèbrent les défunts et honorent les esprits

En pratique, La zombification? .

Les Haïtiens se retrouvent devant l’assemblée des Bizango seulement s’ils ont commis un crime grave. Des crimes comme le meurtre, le viol, ou le vol de terre. Le jugement: ils se font zombifier par les membres de la société Bizango. La pratique est illégale mais tolérée par tradition et adhésion culturelle.

Suite au 7e jugement, le Bokor (sorcier appartenant à la société secrète Bizango) attend pour commencer le processus de zombification. Il s’empare d’un élément de l’Homme jugé. Cela peut être des cheveux, un ongle, ou une terre sur laquelle il a marché, etc. Il insère cet élément dans une poupée vaudou. Il se rend ensuite dans un cimetière. Là, il cloue la poupée à un arbre appelé « Arbre à Sortilèges ». Le sort est scellé. Le sort empêche le criminel de commettre d’autres crimes. Avant de sortir du cimetière, le Bokor accroche une chaise en bois miniature sur une branche de l’arbre. Symboliquement, les esprits s’assoient sur la chaise, de ce fait, ils ne suivent pas le Bokor à l’extérieur du cimetière.

Le Bokor peut alors débuter le processus de zombification. Dans une préparation, il introduit d’abord les éléments symboliques, des ossements broyés, des cendres de cimetière. Il ajoute ensuite un poison extrêmement puissant la tétrodotoxine, du poisson globe (appelé à Haïti « poisson Fugu »). Ce poison, s’il est parfaitement dosé, ne tue pas mais plonge la personne dans un état de catatonie. Le cœur ralentit. L’individu est conscient de tout ce qui se déroule autour de lui. Enfin, de la bave de crapaud est ajoutée. Au contact de la peau elle gratte énormément. La victime du rite sera condamnée à se gratter, le poison pénétrant lentement son corps en sortie de catatonie. Ce mélange est confié à un proche du criminel. Il doit le déposer dans un vêtement ou dans les chaussures du criminel. Celui-ci sera très rapidement empoisonné. On note qu’à Haïti, la 1ère personne qui découvre le corps signe les certificats de décès. Ce n’est pas un médecin, comme en France. Le Bokor s’assure donc d’être dans les environs au moment de l’empoisonnement pour le signer. A Haïti, les enterrements ont lieu le jour même. Le criminel est donc enterré vivant. La nuit qui suit, le Bokor le déterre . Il le fouette en symbole d’esclavage. Ensuite, il lui fait consommer un antidote pour que le poison ne finisse pas par réellement le tuer. Par la suite, il lui donne à manger un régime sans sel qui lui créé un œdème cérébral. Ce régime rend ses mouvements lents ainsi que sa réflexion. Il n’est plus maître de ses décisions. Il devient littéralement zombie et esclave du Bokor.

Le record d’années déclarées passées zombifiées est de 40 ans. Beaucoup peuvent en être victimes durant des années sans que personne ne s’en doute. Afin d’être dézombifié, il faut que le Bokor décède. Clairvius Narcisse victime de zombification a la chanceque deux ans plus tard, son Bokor décéde. Il s’est remis peu à peu à manger des aliments salés et a retrouvé son état normal. Il a ensuite attendu la mort de son frère. Son frère l’avait dénoncé à la société Bizango car il avait volé ses terres. Clairvius voulait éviter que son frère ne le dénonce à nouveau s’il se montrait. Une fois son frère mort, il raconta son histoire et témoigna au monde entier. Il servit même aux scientifiques de découvrir comment certains Haïtiens se faisaient zombifier (tétrodotoxine, régime sans sel).

Le zombi exutoire social.

Aujourd’hui, cette pratique est moins répandue mais on estime officiellement que 5% de la population Haïtienne est zombifiée. Ce pourcentage inclut les 4 types de zombies :

  • Le zombie classique : Ceux vus précédemment ont commis un crime grave. Ils ont été zombifiés suite au jugement de la société Bizango.
  • Les zombies criminel : ce sont des coupables ou désignés comme tels, des boucs-émissaires. Afin de s’en débarrasser l‘individu va payer un Bokor pour zombifier celui qui lui pose problème.
  • Le zombie psychiatrique : un individu en situation de trouble psychique, persuadé d’être un zombie tant la figure est ompniprésente.
  • Le zombie social : Les catastrophes et la violence en Haïti zombification. Elles le font pour reconstruire leur famille. Elles sont ainsi considérées comme des zombies sociaux. Par exemple, un homme ayant perdu toute sa famille s’unit avec une famille ayant perdu un des leurs. Ils se reconnaissent alors comme une seule et même famille. Une illusion réciproque se fait, l’orphelin comme zombifié prend l’identité du membre que la famille a perdu.

Créatures terrifiantes de la peur de l’esclavagisme.

Les zombis, figures fascinantes et terrifiantes, trouvent leurs origines dans les horreurs de l’esclavage raciste qu’a subi Haïti. Ce monstre si présent dans le cinéma moderne puise ses racines dans la religion vaudou. Les mots et les croyances vaudou sont hérités, notamment le terme « nzambi ». Ce mot signifie « esprit » et a évolué pour devenir « zombi ».

Mais comment ?

Dans la religion vaudou, les morts retournent au royaume du Bénin. Cette croyance découle des populations africaines arrachées à leurs terres d’origine et traditions. Cela s’est produit à cause de l’esclavage.

Avant, pour les populations Béninoises et Congolaises, l’idée d’un esprit sans corps incarnait encore à l’époque une peur fondamentale. Selon eux, la mort d’un enfant était considérée comme contre-nature. Elle était vue comme effrayante. Les folklores de ces pays racontent que les esprits des enfants décédés menaient une existence spectrale. Ils étaient destinés à errer et tentaient d’entraîner d’autres enfants dans la mort.

Après le traumatisme de l’esclavage qu’a subi Haïti, cette névrose collective s’est transformée en une peur. Ce n’est pas la peur de demeurer un esprit sans corps. C’est plutôt la peur d’être réduit à un corps sans esprit. Il s’agit de la crainte de retourner au stade d’un simple esclave, de se transformer en un zombi.

On peut voir ce lien à la façon dont les zombis étaient traités comme l’étaient les esclaves. Ils mangeaient à même le sol sur des feuilles de bananiers. Pour certains, ils portaient les mêmes menottes utilisées pour des esclaves. Ils étaient soumis à un régime strict. Ils faisaient des tâches agricoles très dures.

Le zombi haïtien incarne l’angoissante image d’un corps vidé de son esprit. Il est réduit à un outil servile. C’est l’écho tragique d’un passé marqué par la déshumanisation.

Le zombi star du cinéma: horreur et dystopie.

La figure des Zombis est apparue au cinéma en 1968. Avec le temps, la manière de représenter les Zombis a changé, comme dans le film Zombie Child. Dans ce film, le mot « Zombi » a une autre signification. Il sert à parler des épidémies. Ainsi, le sujet est plus actuel. Cela permet aussi qu’on comprenne mieux, qu’on se mette à la place des personnages et qu’on ressente de la peur. Ce film français est sorti en 2019 et a été réalisé par Bertrand Bonello, un réalisateur français.
Le film est inspiré de la vie de Clairvius Narcisse, un Haïtien drogué avec une substance spéciale. Après avoir été déclaré mort en 1962, il aurait vagabondé comme Zombi et esclave. Ce cas avait déjà été raconté dans un autre film, L’Emprise des ténèbresréalisé en 1988 par Wes Craven.

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