Fukushima: L’Art de Révéler l’Invisible.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/fukushima-photographier-les-radiations-invisibles-9074333 .

Et extraits de l’entretien complet réalisé par Lintervale Blog par Fabien Ribery.

Fukushima: Comment donner à voir l’invisible radioactivité?

Hélène Lucien et Marc Pallain sont allés sur le terrain. Ils se sont rendus dans la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire de Fukushima. Ils ont confié à l’artiste sonore Floy Krouchi la mise en onde de cette expérience.

Montrer les traces, questionner l’invisible et le beau.

Hélène Lucien évoque l’idée de capturer les traces de la radioactivité. Elle le fait pour révéler l’impact à travers sa démarche photographique. Sa méthode met en lumière les signes et empreintes qui marquent les espaces urbains et les paysages. Ces traces sont souvent invisibles mais sont révélatrices de l’âme d’un lieu.

Marc Pallain: « La catastrophe nucléaire doit être représentée. Cela rend visible l’invisible. Il faut montrer l’énergie et les ondes qui échappent à la matière. Il est crucial de fournir une image et une trace du poison radioactif. Ce poison reste inaccessible aux personnes ordinaires. Elles se retrouvent démunies face à son immatérialité. »

La vie humaine est perturbée par la radioactivité. Son niveau varie de manière imprévisible dans différents lieux. Elle peut être très élevée à certains points.

« Pour les humains qui côtoient ces zones, c’est une « demi-vie ». Ceux qui y viennent travailler ou visiter leur maison abandonnée ne vivent plus pleinement ».

Fukushima aujourd’hui ?

Helène Lucien décrit une zone qui ressemble à une usine avec des périodes d’activité et des bruits étranges lorsque les portes se ferment. Cette région devient un environnement onirique, semblable à un décor de contes pour enfants, peuplé d’animaux et de souvenirs d’une vie passée très différente.

Pour révéler l’empreinte de la radioactivité, Hélène Lucien (artiste plasticienne) et Marc Pallain (photographe) ont pris une initiative. Ils ont agi en 2012 et 2016. Ils voulaient cristalliser une preuve concrète et indéniable de l’invisible. Ils ont déposé des films radiographiques médicaux analogiques vierges dans la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire de Fukushima.

Ils les ont soumis aux rayonnements ionisants pendant des durées variables. Ces durées variaient de 3 à 37 jours. Ils les ont aussi exposés à différents niveaux de radiation, entre 3,8 microSievert/h et 40 microSievert/h.

Chronoradiogrammes, révéler l’invisible?

Il en résulte une série d’images appelées « Chronoradiogrammes ». Ces images sont de véritables paysages intérieurs. Elles reposent sur le principe photographique comme révélateur indiciel de la radioactivité. Ce travail a été exposé à la Maison Européenne de la Photographie. L’exposition s’appelait « Fukushima, l’invisible Révélé » et a eu lieu en septembre et octobre 2016.

Dans « Fukushima Radiographie », Hélène Lucien et Marc Pallain ont rapporté des sons de Fukushima. La création sonore a été composée à partir de ces sons. Un élément central a été utilisé: le dosimètre. Il est étiré, méconnaissable et essentiel.

Floy Krouchi est l’artiste sonore invitée sur ce projet par Hélène Lucien. Elle interroge les artistes sur leurs sensations durant ce travail dans la zone d’exclusion de Fukushima. Il s’y joue la question de la subjectivité. Le risque et l’engagement sont également en jeu. La mise en jeu du corps dans la zone contaminée est cruciale.

En parallèle, le poète Jotaro Wakamatsu offre une écriture poétique et visionnaire. Elle recrée des images à travers une série de poèmes prémonitoires. Ces poèmes sont dits en français et en japonais par Gyohei Zaitsu. Ces poèmes parlent de l’inéluctable catastrophe à venir sur la zone de Fukushima. Ils évoquent aussi celle de Tchernobyl qui avait marqué fortement le poète suite à son séjour en 1987.

Nagadoro,  zone d'exclusion, ferme abandonnée, Fukushima 2012.  (12,7 à 41,2 μSv/h.)
Nagadoro, zone d’exclusion, ferme abandonnée, Fukushima 2012. (12,7 à 41,2 μSv/h.) – Marc Pallain
Namie, forêt, route 114, Fukushima 2016 . ( 2,5 à 7,5 μSv/h.)
Namie, forêt, route 114, Fukushima 2016 . ( 2,5 à 7,5 μSv/h.) – Marc Pallain.
Iitate, route 399, zone interdite, Fukushima  2012.  ( 12,3 à 27,5 μSv/h.)
Iitate, route 399, zone interdite, Fukushima 2012. ( 12,3 à 27,5 μSv/h.) – Marc Pallain.
Odaka, village abandonné, zone d'exclusion, nuit, Fukushima 2012.   ( 1,8 à 15,5 μSv/h)
Odaka, village abandonné, zone d’exclusion, nuit, Fukushima 2012. ( 1,8 à 15,5 μSv/h) – Marc Pallain.

Les liens importants:

Interview Hélène Lucien et Marc Pallain – Fukushima, l’invisible révélé

Article sur l’exposition

Site Hélène Lucien /Marc Pallain

Site Marc Pallain, Photographe

Site Floy Krouchi, Compositrice et Artiste Sonore

Travailleur zone contaminée, Iitate, Fukushima 2016.
Travailleur zone contaminée, Iitate, Fukushima 2016. – Marc Pallain
Travailleur zone contaminée, Namie / Odaka, Fukushima 2016
Travailleur zone contaminée, Namie / Odaka, Fukushima 2016 – Marc Pallain
Chronoradiogramme, Iitate , zone de montagne, Fukushima,  juillet 2012. ( exposition entre 7,3 et 10,8 à 15,5 μSv/h)
Chronoradiogramme, Iitate , zone de montagne, Fukushima, juillet 2012. ( exposition entre 7,3 et 10,8 à 15,5 μSv/h) – Hélène Lucien et Marc Pallain
Chronoradiogramme sans titre , Akaugi,  Fukushima juillet 2012.  ( exposition entre 17,8 et 31,5 μSv/h)
Chronoradiogramme sans titre , Akaugi, Fukushima juillet 2012. ( exposition entre 17,8 et 31,5 μSv/h) – Hélène Lucien et Marc Pallain

En conclusion

La catastrophe de Fukushima a laissé des cicatrices indélébiles, tant sur l’environnement que sur les vies humaines. Les artistes, à travers leurs œuvres poignantes, nous rappellent l’importance de la mémoire collective. Ils sensibilisent face aux conséquences dévastatrices de l’énergie nucléaire. Leur capacité à traduire la douleur, la résilience et l’espoir en art nous incite à réfléchir. Nous devons considérer notre relation avec la technologie. De plus, nous avons une responsabilité envers la planète. En contemplant ces créations, nous sommes invités à ne jamais oublier. Nous devons agir pour un avenir plus sûr et durable.

Article par Architecture & Lifestyle, concept blog.