Expo Ailleurs : Hans Hartung. Une liberté salutaire. 2024.
peintre, photographe et architecte d’origine allemande naturalisé français, s’est illustré comme pionnier de l’abstraction. Il est une figure majeure de la Nouvelle école de Paris. La diversité des supports qu’il emploie est grande. Son goût pour les expérimentations de couleurs est notable. Il aime explorer différents formats et méthodologies. Cette approche le place en position d’autonomie face aux grands mouvements de son temps.
L’oeuvre d’Hans Hartung est associée aux courants dits informels, gestuels, tachistes, lyriques, et action painting. Elle se distingue par le constant souci des innovations techniques. Il a détourné des outils industriels et inventé de nouveaux instruments. La modernité sans compromis traduit son désir de s’émanciper des codes.
Hans Hartung conçoit la liberté d’action d’une peinture gestuelle. Cette liberté traduit la pensée et les émotions. Cela se manifeste dans l’instantanéité du mouvement. Surgissement de l’inattendu, expression des imaginaires, spontanéité, la justesse des fulgurances se révèle dans la célérité du geste. L’aspect conceptuel de son oeuvre picturale montre sa rigueur. Cette rigueur s’inspire aussi de sa pratique photographique. Cela inclut le cadrage, l’agrandissement et la répétition. Il reproduit à l’identique certains tableaux et recherche l’original et l’authenticité. Artiste prolifique et généreux, Hans Hartung a produit 4800 peintures au cours de sa carrière. Son corpus total atteint 17 000 œuvres, incluant les dessins. Son existence romanesque est marquée par un engagement total. Elle est également marquée par les épreuves et les drames. Elle est traversée d’une pulsion de vie et d’une énergie vitale intense, à l’instar de son œuvre.
Une vie marquée par l’Histoire et la passion pour les maîtres.
Hans Hartung est né à Leipzig en 1904 dans une famille de médecins et amateurs d’art. Il n’aura de cesse de s’émanciper du confort dit bourgeois auquel ses origines le destinaient. Sa vocation précoce s’éveille dès l’âge de six ans. À cet âge, il zèbre ses cahiers d’écolier d’éclairs. Ces éclairs sont des talismans contre les frayeurs d’enfance. De 1912 à 1914, la famille Hartung réside à Bâle. Elle retourne ensuite à Leipzig au début de la Première Guerre Mondiale. Le ciel traversé d’obus fascine et terrifie Hans. Il fréquente le lycée de Dresde jusqu’en 1924. L’adolescent s’intéresse aux maîtres anciens Rembrandt, Goya, Frans Hals, et Le Greco. Il s’intéresse aussi aux expressionnistes allemands comme Oskar Kokoschka et Emil Nolde qu’il copie pour s’exercer.
Dès 1922, Hans Hartung qui maîtrise parfaitement la Figuration s’essaie à une série d’aquarelles abstraites. Dans ses carnets, Hartung note : « La tache y devenait libre. Elle s’exprimait par elle-même, par sa forme et par son intensité. Elle se manifestait aussi par son rythme, par sa violence et par son volume. » L’année suivante, il dessine une série au fusain, à l’encre, à la craie, à la sanguine. « On trouve ici en prémices presque la totalité de mes éléments, de mes signes et rythmes futurs. Il y a les taches, les « poutres », les courbes, et les lignes. » Fruit d’une démarche spontanée, la soixantaine de petits formats se distingue par la liberté de formes. Ils montrent aussi la liberté de couleurs et de lumière qui préfigure le peintre à venir.
Entre 1924 et 1925, Hans Hartung suit des études de lettres classiques et d’histoire de l’art à Leipzig. Ensuite, de 1925 à 1926, il intègre l’Académie des beaux-arts de Dresde. Lors de l’Exposition internationale de 1926, il découvre la peinture française moderne, de l’impressionnisme au cubisme. Hans Hartung s’installe alors à Paris. Inscrit à la Sorbonne, il a la « ferme intention de ne jamais en franchir le seuil ». Il fréquente brièvement l’académie d’André Lhotte. Puis il rejoint l’atelier de Fernand Léger. Les enseignements de Léger ne le satisfont pas. Il réserve son enthousiasme pour ses visites au Louvre. Il admire le travail de Picasso. Il apprécie aussi ses nombreux voyages à travers toute l’Europe. Il rencontre Anna-Eva Bergman, jeune peintre norvégienne, qu’il épouse en septembre 1929.
Dans les années 1930, ses compositions expressionnistes se rythment de tracés noirs. Après la mort de son père, Hans Hartung et Anna-Eva Bergman s’installent à Minorque. La montée du fascisme en Allemagne les a poussés à déménager. Ils vivent dans une maison cube imaginée par Hans Hartung. Mais la vie aux Baléares s’avère difficile, précarité, hostilité locale et controle policier. Interrogés par les autorités pour espionnage, ils sont contraints de partir en 1934. Ce sera Stockholm puis Berlin. À Berlin, Hans Hartung est interrogé par la Gestapo. Cela est dû à ses amitiés avec des Communistes et des Juifs. Il s’engage publiquement contre le nazisme et quitte son pays natal.
Il retourne à Paris où il rencontre des difficultés matérielles. Sa précarité est à peine soulagée par de rares ventes auprès de collectionneurs américains, tels qu’Albert Eugene Gallatin. Hans Hartung fréquente Jean Hélion et Henri Goetz. Il passe également du temps avec Vassily Kandinsky, Piet Mondrian, Alberto Magnelli, César Domela, Joan Miró et Alexander Calder. Sa femme est malade. Il divorce à la suite de la séparation en 1937. L’ambassade d’Allemagne annule son passeport. Il se trouve dans une situation très difficile. Henri Goetz l’héberge et il travaille dans l’atelier du sculpteur Julio Gonzalez.
Hans Hartung: résistant et légionnaire
En 1939, Hans Hartung épouse Roberta Gonzalez (1909-1976) la fille de Julio Gonzalez.
En 1939, il s’inscrit sur la liste des volontaires contre le nazisme. La Seconde Guerre Mondiale éclate Hartung est désireux de combattre contre l’Allemagne. Il s’engage alors dans l’armée régulière française. Seulement, en raison de sa nationalité allemande, il est considéré comme ressortissant d’un pays ennemi. Comme de nombreux volontaires, dès septembre 1939 il rejoint la Légion étrangère. Mobilisé en décembre, son régiment rejoint l’Indochine puis est envoyé en Afrique du Nord. À la suite de l’armistice, il est démobilisé, le 8 septembre 1940. se réfugit avec famille Gonzalez dans le Lot. Lors de son séjour, il réalise une série à la gouache. Il peint trente têtes aux inflexions cubistes. Celles-ci sont inspirées par les œuvres de Julio Gonzalez, en particulier ses masques, et « Guernica » de Pablo Picasso.
En 1942, surivient le décès de Julio Gonzalez 1942. Au meme moment, la France entière est occupée et pousse Hans Hartung à un nouvel exil. Il passe clandestinement en Espagne en 1943. Découvert, Il est incarcéré dans les geôles franquistes. Puis, il est envoyé au camp de concentration de Miranda del Ebro durant sept mois. Libéré grâce à l’intervention du consul de la France Libre, il s’engage à nouveau dans la Légion. Il sert comme brancardier au sein du Régiment de marche de la Légion étrangère. Il est gravement blessé durant l’attaque de Belfort en novembre 1944. Il subit deux interventions d’amputation de la jambe droite dans des conditions abominables dont l’une sans anesthésie. Harting rentre de guerre, traumatisé. Peintre du geste, du déplacement du corps dans l’espace, il se confronte constamment à son handicap. Cette confrontation lui inspirera la création de nouveaux outils. Ces outils lui permettront de continuer à travailler. Réformé le 18 mai 1945, de retour à Paris, il est soutenu par Calder.
Comme d’autres résistants, il subit plusieurs discriminations. A son handicap s’ajoute une deuxième stigmatisation. À son retour, le regard des autres vis-à-vis de sa jambe le pèse énormément. Mais c’est aussi le regard des autres peintres qui le préoccupe. Ceux-ci sont restés en dehors des combats et ont pu déjà se faire un nom et une renommée.
Et une troisième. A cause de la suspicion liée à sa nationalité d’origine, il obtient la naturalisation française seulement en 1946. IInvalide de guerre, il est ensuite décoré de la croix de guerre 1939-1945. Il reçoit aussi la médaille militaire. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1952.
Hans Hartung (1904-1989), l’artiste total:
Sa vie et son parcours sont également indissociables de ceux d’Anna-Eva Bergman, femme artiste qu’il rencontre en 1929 à Paris. Mariés en 1929, quelques mois à peine après leur rencontre, ils divorceront toutefois en 1938. Dès 1939, Hartung se remarie avec l’artiste Roberta Gonzalez, fille du sculpteur Julio Gonzalez. Après l’épisode de la guerre et son retour à Paris, Hartung recroise le chemin d’Anna-Eva Bergman en 1952. Ils reprennent le cours de leur relation ; Hartung divorce de Roberta Gonzalez et épouse à nouveau Bergman en 1957. Peu de temps après, ils s’installent dans leur atelier de la Rue Gauguet à Paris. Ils font le projet de concevoir sur la Côte d’Azur une villa-atelier. Chacun pourra y travailler dans un espace parfaitement adapté à ses besoins.
Hartung multiplie les expositions de ses peintures, gravures et lithographies. En 1960, il reçoit le Grand Prix International de Peinture de la Biennale de Venise.
ls achètent une oliveraie en 1960 à Antibes et Hartung conçoit les plans de la propriété. En 1973, après cinq ans de construction, le couple s’installe au « Champ des Oliviers ». Ils ont déjà l’idée en tête. Ils souhaitent que cet endroit devienne, après leur mort, un lieu dédié au rayonnement de leurs oeuvres.
Hartung est élu en 1977 à l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France.
Il meurt en 1989 dans sa maison-atelier d’Antibes, qui est aujourd’hui devenue la Fondation Hartung-Bergman.
Hans Hartung et Anna-Eva Bergman font partie des peintres réunis pour l’exposition L’envolée lyrique. Cette exposition de Paris 1945-1956 est présentée au Musée du Luxembourg (Sénat). Elle a eu lieu en avril-août 2006.
Source : fondationhartungbergman.fr
Magnifique article couvrant toute la diversité de l’oeuvre de Hans Hartung chez ArtsPer Magazine
